samedi 24 juin 2017

La Métamorphose des Cloportes : dialogues et répliques.



     Parmi les films dialogués par Michel Audiard, La Métamorphose des Cloportes est un des moins connu. Pourtant, ce film est loin d'être mauvais, bien qu'il n'arrive pas au niveau d'autres succulentes perles telles que Les Tontons flingueurs ou Les Barbouzes
     Adapté d'un livre d'Alphonse Boudard et réalisé par Pierre Granier-Deferre, La Métamorphose des Cloportes met en scène Edmond (Charles Aznavour), Arthur (Maurice Biraud) et Rouquemoute (George Géret), trois truands plus branquignoles qu'experts. Ils sont sur un coup et ont besoin d'un chalumeau spécial pour percer le coffre. Malheureusement pour eux, la vieille Gertrude (Françoise Rosay), prêteuse du milieu, n'est justement plus aussi prêteuse. Trois briques, qu'elle demande.
     Edmond convainc alors Alphonse (Lino Ventura), son ami d'enfance, voleur de tableaux, de vendre quelques toiles pour avancer les fonds et de se joindre à eux. Edmond lui fait miroiter un magot bien plus imposant que ce qu'il n'est réellement. Alphonse accepte de prendre part à l'affaire. Mais le braquage tourne mal. Pendant que ses complices arrivent à déguerpir, Alphonse se retrouve tout seul en taule.
     Il en prend pour cinq ans, sans nouvelles de ses anciens amis. Cinq ans pendant lesquels il rumine sa terrible vengeance et fomente l'écrasement de ces « cloportes » devenus, depuis, des gens honorables.


Dialogues et répliques
Alphonse : - D'un autre côté, faut voir les choses... Dès qu'on aime le confort, c'est fou c'que l'oseille peut filer vite... Le tailleur, le loyer, les brèmes... On est entouré d'voleurs ! Et j'compte pas les dames... Si j'continue à les enjamber au Claridge et à les goinfrer chez Lasserre...

Tonton : - C'est autrement plus coton d'écouler de la marchandise que de la faucher... Faut des connaissances, des relations... Voler, c'est juste un réflexe.

Tonton (Pierre Brasseur)
Alphonse : - La quatuor, c'est une bonne formation pour orchestre, mais pour un braquage, c'est un peu trop.

Léone : - Beh qu'est-ce qui vous prend, M'sieur Arthur ?
Arthur : - Où il est ?
Léone : - Qui ça ?
Arthur : - Le Rouquemoute.
Léone : - Les hommes, ça dit jamais où ça va ni d'où ça vient. C'est plein de secrets.
Edmond : - Écoutez, mademoiselle. Nous n'avons pas interrompu vos activités pour vous écouter philosopher sur l'existence, aussi brillantes que soient vos idées. Mon camarade vous demande où est Rouquemoute. Vous le lui dite, ou j'te commence à coup d'lattes et j'te termine au rasoir.
Léone : - Ah...

Tonton : - Sur le plan de l'arnaque, les coups les plus tordus ne sont rien, vous entendez, rien à côté de la peinture abstraite.

Alphonse : - Je suppose que t'as aussi tes papiers ? Avec moi sur un coup, on sort toujours anonyme.

Edmond : - Boire c'est peut-être la solution. Faut qu'j'te parle. Tu peux peut-être bien me perdre.
Alphonse : - Qu'est-ce que t'as ?
Edmond : - Je peux mourir dans les vingt-quatre heures.
Alphonse : - C'est le toubib qui te l'a dit ?
Edmond : - Non. C'est Fredo le Grec.
Alphonse : - Ah...
Edmond : - Tu sais que de temps en temps, j'vais taper le carton au Club des Astronautes... V'là cinq semaines que j'ai pas touché un brelan. Ils m'ont d'abord étouffé mes économies, et puis Fredo m'a fait du crédit. L'enfoiré... Résultat, j'suis engourmé de dix briques.
Alphonse : - Joli. Et sans indiscrétion qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?
Edmond : - Quand tu veux, tu peux tout...

Alphonse : - Ben voyons ! Si je comprends, j'm'amène au club à six heures du mat', j'tripote le coffre et je récupère tes reconnaissances de dettes. En 10 ans, j'ai connu deux étourdis qu'ont essayé de le casser, le Grec. On a retrouvé le premier dans le canal de l'Ourcq et le deuxième à la consigne de Saint-Lazare dans une malle d'osier.

Alphonse : - Pas un mot, pas un colis, pas un mandat. Rien... C'est drôle. Quand vous êtes en forme, ils sont tout le temps là. Ça s'appelle des amis. Et dès qu'le temps s'couvre, ils disparaissent sous les portes et dans les trous des murs. Fuyants, furtifs... Des cafards, des cloportes.
[...]
Alphonse : - Et dire qu'j'ai cent briques qui dorment dans les caves de Tonton. [...] Mais dès qu'j'suis dehors, monsieur Tonton, j'lui réduis la tranche. J'le miniaturise, j'le dissous.
[...]
Alphonse : - Dans deux ans, la quille... J'fonce chez l'Rouquemoute et j'l'emplâtre. J'lui mets la tête en bas, j'lui fais vomir ses friandises et j'envoie sa nana se faire bronzer à Dakar.
[...]
Alphonse : - L'Arthur c'est simple. J'lui fais bouffer son passe-montagne. J'le plonge dans l'eau glacée et j'attends qu'ça gonfle. Quant à Edmond, mon ami Edmond... Je sais pas encore ce que je lui ferai, mais je veux que ça fasse date. Jacques Clément 1589, Ravaillac 1610, Robert-François Damiens 1757, Edmond Clancul 1965...

L'agent de placement : - Ça fait quatorze emplois que je vous propose. Faut se lever trop tôt ou faut se coucher trop tard. Ça va jamais ! On demande des terrassiers. Bâti comme vous l'êtes...
Alphonse : - Oh vous savez faut pas vous y fier. J'ai de gros os mais ils sont friables. J'ai pas de force.
L'agent de placement : - Si seulement vous aviez une spécialité...
Alphonse : - Ah bah ça j'en avais une mais elle plaisait pas !


lundi 27 mars 2017

Flic ou voyou : deux scènes coupées retrouvées, et anecdotes.


Scènes coupées
     Retrouver des scènes coupées de films est toujours un exercice très difficile. Très souvent, les films de ces scènes coupées ont été détruit après le montage. Et c'est d'autant plus vrai pour les films avec Jean-Paul Belmondo.
     Cependant, il arrive parfois que des traces subsistent. Ainsi, on sait qu'il existe une fin alternative de L’Héritier, de Philippe Labro, bien que celui-ci ne soit finalement pas à l'initiative de cette scène. On sait qu'il existe également une scène coupée du Magnifique, avec Belmondo dans le rôle de Bob Saint-Clar.

     Mais il y a quelques temps ont été découvertes deux scènes coupées du montage final de Flic ou voyou, réalisé par Georges Lautner en 1978 (voir l'article "Résumé et meilleures répliques de Flic ou voyou"). Ainsi, on sait désormais qu'une scène d'action devait se dérouler au camping où le commissaire Borowitz avait planté sa tente.


     Une autre scène est apparue dans un reportage que FR3 Côte d’Azur avait réalisé sur le tournage du film. Cette scène se passait dans une casse. On distingue dans le reportage le commissaire Borowitz arrivant à la casse, et à la fin du reportage, nous pouvons voir l’explosion d’une voiture.




     Malheureusement, impossible aujourd'hui de savoir pourquoi ces deux scènes ont été coupées. Mais ce film ayant déjà un scénario assez dense, il y a fort à parier que l'ajout de ces scènes aurait encore alourdi le résultat final, et peut-être même ralenti le rythme du film.

Anecdotes
     Curieusement, Georges Lautner et Jean-Paul Belmondo ne s'étaient jamais rencontrés avant 1978 et le projet Flic ou voyou. Ils tourneront finalement cinq films en commun.
     Interrogé dans Studio Ciné Live, Belmondo déclara : « J'ai reçu le script de Flic ou voyou par [le producteur] Alain Poiré [...] J'avais regardé tous [les films] de Georges Lautner et j'avais envie de tourner avec lui. Dès notre première rencontre, cela a bien marché. Notre amitié a commencé en même temps que notre collaboration artistique. J'ai tout de suite vu que c'était un réalisateur qui était à l'aise avec les acteurs et savait leur parler. Il aimait les improvisations, ce qui n'était pas pour me déplaire. » A propos du dialoguiste du film, Michel Audiard : « Le plus souvent, on discutait tous les trois, puis Georges Lautner et Michel Audiard se mettaient à écrire ensemble. Souvent, ils modifiaient des choses au cours du tournage. »


     A un moment de Flic ou voyou, on voit la projection d'un film. Il s'agit d'une œuvre de Lautner, Pas de problème !, tourné trois ans plus tôt, et rebaptisé pour l'occasion Le Terminus des prétentieux, c'est à dire le titre initialement prévu pour Les Tontons flingueurs, classique du duo Lautner-Audiard. Par ailleurs, Claude Brosset joue le rôle du "Corse", un truand nommé Achille Volfoni... soit le nom porté dans Les Tontons flingueurs par les personnages interprétés par Bernard Blier et Jean Lefebvre. Enfin, Flic ou voyou compte, dans sa distribution, l'excellent Venantino Venantini, qui interpréta Pascal, toujours dans Les Tontons flingueurs !

      Le film est plein de petites erreurs (anachronismes, illogismes, erreurs de continuité, faux raccords). Ainsi, la nuit qui voit Achille Volfoni (Claude Brosset) et Charlotte (Julie Jézéquel) réunis, il y a de la neige sur le bas-côté de la route. Sauf qu'à aucun autre moment du film, on n'a pu voir de la neige. Et l'on ne voit pas de flocon tomber...
     Au début du film, trois loubards sortent d'une Renault 16 au sigle de petite taille (il s'agit d'un modèle antérieur à 1972). Mais lorsque Belmondo tire sur la voiture, celle-ci à un sigle beaucoup plus gros (le modèle date alors d'après 1972).
     Cela n'empêchera bien sûr pas Flic ou voyou d'être un très gros succès, ainsi qu'un film incontournable de la filmographie de Belmondo et du duo Lautner-Audiard.

Voir aussi :
- Les meilleures répliques de Flic ou voyou, avec Jean-Paul Belmondo. 
- Le tournage des Tontons flingueurs et la scène de la cuisine.
- Le réalisateur Georges Lautner est mort.
- Un coffret collector à l'occasion des 50 ans des Tontons Flingueurs
- Script intégrale des Tontons Flingueurs
- Anecdote : L'origine du film Ne nous fâchons pas 

samedi 25 février 2017

Palmarès de la 42ème Cérémonie des César 2017.


     Ce vendredi 24 février, c'est à la salle Pleyel qu'a eu lieu la 42ème cérémonie des César, présentée par Jérôme Commandeur.

     Voici la liste complète des gagnants de cette soirée dédiée au cinéma Français :

Meilleur Film : Elle de Paul Verhoeven

Meilleure actrice : Isabelle Huppert pour Elle

Meilleur acteur : Gaspard Ulliel pour Juste la fin du monde

Meilleur acteur dans un second rôle : James Thierrée pour Chocolat

Meilleure actrice dans un second rôle : Déborah Lukumuena pour Divines

Meilleur réalisateur : Xavier Dolan pour Juste la fin du monde

Meilleure espoir féminin : Oulaya Amamra pour Divines

Meilleur espoir masculin : Nils Schneider pour Diamant Noir

Meilleur premier film : Divines de Houda Benyamina

Meilleur documentaire : Merci patron ! de François Rufin

Meilleure photographie : Pascal Marti pour Frantz

Meilleur film étranger : Moi, Daniel Blake de Ken Loach

Meilleure adaptation : Céline Sciamma pour Ma vie de Courgette

Meilleur court-métrage : Ex-Aequo : Maman(s) de  Maïmouna Doucouré / Vers la Tendresse de Alice Diop

Meilleur court-métrage d'animation : Celui qui a deux âmes de Fabrice Luang-Vija

Meilleur film d'animation : Ma vie de courgette de Claude Barras

Meilleur son : Marc Engels, Fred Demolder, Sylvain Réty, Jean-Paul Hurier pour L'Odyssée

Meilleure musique originale : Ibrahim Maalouf pour Dans les forêts de Sibérie

Meilleur scénario original : Solveig Anspach, Jean-Luc Gaget pour L'effet aquatique

Meilleurs costumes : Anaïs Romand pour La danseuse

Meilleurs décors : Jérémie D. Lignol pour Chocolat

Meilleur montage : Xavier Dolan pour Juste la fin du monde


vendredi 20 janvier 2017

Mort de l'acteur Miguel Ferrer.


     C'est avec tristesse que nous avons appris la mort de Miguel Ferrer, le 19 janvier 2017. En effet, l'acteur, qui était le cousin de George Clooney, a succombé ce jeudi à l'âge de 61 ans, des suites d'un cancer de la gorge.

Miguel Ferrer, dans Robocop.
     Visage récurent du cinéma et des séries américaines, Miguel Ferrer jouait ces dernières années le rôle d'Owen Granger dans NCIS: Los Angeles. Mais il a également joué Albert Rosenfield dans Twin Peaks, ou le Dr Garret Macy dans Preuve à l'appui.

     Ayant débuté sa carrière par de multiples seconds rôles dans des séries comme Magnum, CHIPS, Rick Hunter ou Deux flics à Miami. Puis il décrochera en 1986 le rôle de Bob Morton, le créateur du cyborg policier Robocop, dans le film de Paul Verhoeven


Miguel Ferrer et son cousin George Clooney.
     Il jouera par la suite dans l'excellent Hot Shots! 2, avec Charlie Sheen et Valeria Golino, Revenge avec Kevin Costner ou Iron Man 3.

     Son cousin, George Clooney, a fait part de sa tristesse au site Variety. « Ce jour va marquer un tournant majeur dans l’histoire de notre monde, et c’est en cette journée que Miguel Ferrer a perdu son combat contre le cancer de la gorge », a-t-il confié, ajoutant qu’il avait « rendu le monde plus lumineux et plus drôle ». « Nous t’aimons Miguel. Nous t’aimerons toujours » a ajouté George Clooney.




mercredi 28 décembre 2016

Carrie Fisher : quand l'actrice écrivait à son personnage de Princesse Leia.

Carrie Fisher et Harrison Ford.
     C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons tous appris, il y a quelques heures, le décès de Carrie Fisher, surtout connue pour son rôle de la Princesse Leia dans Star Wars.

     C'est dans ces circonstances que ressurgit une lettre qu'elle avait écrit le 4 janvier 2013 pour Bulletmedia.com, à l'attention... de la Princesse Leia. Une lettre qui apparait aujourd'hui comme une lettre testament, très émouvante.

     « Chère princesse Leia, 
    je ne voudrais pas être présomptueuse en vous appelant Leia tout court, ça impliquerait une familiarité dont je ne souhaite pas présumer. Et bien que certains puissent dire que nous nous ressemblons au point de pouvoir être prises l'une pour l'autre –  si nous nous mettions mystérieusement d'accord pour nous habiller de la même manière banale et que vous refusiez enfin, raisonnablement, de vous soumettre aux rigueurs de cette coiffure tapageuse et absurde –, bref (mais enfin !), je pourrais passer pour vous avec quelques ajustements mineurs et vous pourriez passer pour moi avec des transformations sensiblement plus importantes. Mais est-ce que mon esprit s'accorderait à votre physique ?




     J'ai passé près des deux tiers de ma vie à traverser des galaxies dans ces putains de bottes en cuir blanc. J'ai même essayé de répondre de vos actions, d'expliquer les motifs éventuels de choix que l'une de nous n'a pas su faire. Mais alors qu'on se souviendra éternellement de vous flânant dans des paysages infestés d'étoiles, vivant pour toujours dans les imaginations et sur les écrans, je végète bruyamment dans ce tristement célèbre placard des célébrités – à grossir, prendre des rides, me voûter et m'abêtir avec l'âge.

     Nous voilà dans notre propre tableau à la Dorian Gray. Vous : douce, sûre de vous et droite dans vos bottes, condamnée pour toujours à la grande et enviable prison de l'aventure intergalactique. Moi : luttant de plus en plus contre le syndrome de stress post-galactique, portant vos cicatrices, grisonnant vos cheveux éternellement noirs et ridicules.


     Vous agissez toujours en héroïne ; je la sniffe, dans une piètre tentative d'atténuer l'éclat de votre frénétique cinéma intergalactique. Vous récoltez la gloire ; je cède à la vieillesse. Vous : tellement en forme physiquement et si pétrie de bonnes intentions que cela me rend folle – en tout cas, quelque chose me rend folle. Tandis que vous combattez le côté obscur avec vos manières légères et lumineuses, je suis dans la fosse du Sarlacc, couverte par les sucs organiques infâmes de Jabba.

     Cela prendra-t-il fin un jour ? Probablement pas, mais, moi, je prendrai fin. J'en suis assez certaine. Mes suites s'arrêteront fort heureusement enfin, tandis que les vôtres délimiteront et engloutiront une ère.

     Quoique vous soyez condamnée à rejouer les mêmes sept heures d'aventures sur un laps de temps de maintenant presque quatre décennies chahuteuses, au moins vous avez bonne mine quand vous combattez le mal. J'ai l'air habitée. Mes yeux amusés et envieux animent un visage bouffi et abîmé par l'âge. N'étais-je pas censée rester joyeusement figée dans l'ambre de notre image projetée, repoussant la rétention d'eau, le poids et les rides de la même façon que vous combattiez pour la gloire de… c'était quoi déjà, le but de cette foutue histoire – un univers rayonnant de paix et d'équité, des Ewoks cabriolant dans des champs remplis de force ? N'étais-je pas censée le rester ? Dites, ne l'étais-je pas ?

     De nos destinées tout sauf partagées (si elles furent partagées, c'est d'une façon insalubre), quelle qu'ait été ou sera celle de Leia, celle de Carrie sera, au moins périodiquement, dérisoire et décevante, rongée par la commisération, vieille et surexposée, rendue triste et hors de propos en comparaison avec les aventures riches et ininterrompues de son homologue. Joue-le de nouveau, Han ! Leia joue tandis que je continue à payer et payer et payer. Je suis Carrie Fisher de Star Wars – le côté sud de Star Wars, près de l'ancienne maison abandonnée des Vador.



     Je pâlis tandis que vous flamboyez. Je me voûte tandis que vous tirez juste et défendez le droit. Oh ! je sais, il y a pire. Ce pire se rassemble dans mon dos et hante mes jours futurs pleins de divertissements. Mais le pire cède au meilleur – Dorian Organa cède à Carrie Gray. Nous gagnons tous à la fin, n'est-ce pas ? Sinon définitivement, au moins pendant un nombre limité de jours sympathiques et inéluctables. Elle est la Leia Organa au centre des meilleurs souvenirs de tant d'êtres humains. Brillant dans la chaude lumière de notre nostalgie de la science-fiction.

     Notre Aldérande, envolez-vous avec nous, mais où que vous alliez – au-dessus de la colline ou de cette fichue Cité des nuages, dans le palais de Jabba ou aux urgences, en haut, en bas ou à travers –, faites de votre mieux pour faire ce que je fais : faites en sorte de profiter du voyage. Laissez tomber la coiffure, mais profitez du voyage !

     Amitiés, Carrie »

mercredi 21 décembre 2016

Hyper Tension 3 : Jason Statham s'exprime enfin.


     Les deux films Hyper Tension ne sont pas les plus connus de Jason Statham, mais ces films de folie furieuse ont le mérite d'exister dans notre époque du politiquement correcte, qui se limitent aux  suites nulles et aux remakes inutiles et aux suites bidons which just go with my pince à vélo1.
     Ces films sont même devenus des incontournables du cinéma d'action des années 2000, bien qu'ils soient plutôt apparentés à des parodies totalement dingues.


     Respectivement sortis en 2006 et 2009, ces films en appelaient forcément à une suite. En effet, Chev Chelios est tombé d'un hélicoptère à la fin du premier opus, a été immolé à la fin du second, mais est toujours vivant. Toujours vivant, rassurez-vous. Toujours la banane, toujours debout...2.
Et nous attendons depuis 2009, pleins d'espoir, le retour de Chev Chelios
     Jason Statham a beau multiplier les rôles sérieux, on sait qu'il adore ne pas se prendre au sérieux et jouer le décalage avec son image d'action-man, ce qui nous donnait bon espoir d'une suite.


     Et bien, dans une interview pour Entertainment Weekly, Jason Statham a révélé quelques éléments à propos de Hyper Tension 3 :
« J'adorerais faire le troisième épisode. On en parle depuis des années. Hyper Tension a été, pour moi, une excellente expérience. C'est toujours une poignée de semaines complètement dingues que vous passez en compagnie des deux réalisateurs, Neveldine et Taylor. 
     Quand vous faites un film Hyper Tension, il n'y a aucune règle. On se dit juste : "Comment on va faire pour s'en sortir ?" Ils n'ont qu'une vague idée, ils n'écrivent même pas de script. »

     J'espère vraiment que ce troisième opus se fera. En tous les cas, les deux réalisateurs Neveldine et Taylor sont d'accord, Jason Statham aussi. C'est bon signe !


1 : Bidon, du grand Alain Souchon.
2 : Toujours debout, de mon très cher Renaud.

jeudi 3 novembre 2016

Les Vieux de la Vieille : résumé, anecdotes et répliques cultes.


     Le film Les Vieux de la Vieille est tiré du roman éponyme de René Fallet. Alors que le roman se situait dans l'Allier, le film se situe en Vendée. L'adaptation en film a été faite par René Fallet, Gilles Grangier et Michel Audiard, qui a également écrit les dialogues.
     Jean-Marie Péjat, réparateur de vélo joué par Jean Gabin, et Blaise Poulossière, éleveur de cochon joué par Noël-Noël, habitent Tioune depuis toujours. Ne crachant jamais sur un verre de vin, ces deux vieux ronchons ne ratent jamais une occasion, pour rigoler, d'envoyer paître les autres habitants de leur petit village vendéen. Et ce jour là, la fête allait être complète pour eux, puisqu'un troisième compère, Baptiste Talon, retraité de la S.N.C.F joué par Pierre Fresnay, était de retour au village. De retour, oui et non, puisqu'il a pour projet de se rendre à l'hospice de Gouyette pour y couler des jours paisibles. Le père Malvoisin, un ancien cheminot habitant à Gouyette, lui a promis là-haut un litre de vin le midi et une chopine le soir, et le chauffage central.
     Après quelques bisbilles entre eux et avec les habitants du villages, les trois larrons décident finalement d'aller tous les trois à Gouyette. Mais l'hospice en question sera-t-il à la hauteur de leurs attentes ?

Lieux de tournage 
     Le village d'Apremont, en Vendée, est devenu pendant quatre mois Tioune, et la majeure partie des scènes y ont été tournées. Cependant, certaines scènes ont été tournées non loin d'ici, comme celle du cimetière, à La Chapelle-Palluau ou celle du terrain de foot, à Coëx. Le lieu des retrouvailles entre Catherine et les trois pépés  est le château de l'Audardière, à Apremont. Le bâtiment de Gouyette se trouve, lui, à La Chaize-Le-Vicomte.
     Alors qu'Apremont est aujourd'hui touristique, elle était à l'époque très rural : peu de voitures, beaucoup plus de carrioles avec des chevaux, peu de téléphone... L'équipe du film a tenu à faire travailler les gens du coin.
     Les principaux acteurs sont arrivés un mois avant le tournage, afin de d'imprégner de l'ambiance du village et du patois local. Jean Gabin habitait un bel hôtel sur le remblais des Sables d'Olonne. Pierre Fresnay avait loué une petite maison tout à côté de l'église d'Apremont, et Noël-Noël avait trouvé un hébergement discret dans les environs d'Apremont. 
     Noël-Noël a laissé au village le souvenir de quelqu'un de discret, sobre, très fin et impeccable dans son comportement ! Particulièrement sympathique aussi ! Pierre Fresnay était proche des gens du village et se faisait appeler par son prénom. Il vivait au milieu du village ! Jean Gabin était le bourru, mais gentil tout de même et très bon vivant !


     Témoignage de Gilles Grangier à propos du tournage :
     "Sur le plateau, il y a eu des moments extraordinaires. Il y a des scènes au bistrot que j'ai été obligé de tourner avec plusieurs appareils parce que je ne pouvais raccorder les gars. Ce n'était pas possible de leur demander de refaire les mêmes conneries. J'ai compris cela très vite et j'ai pris plusieurs caméras ce qui n'était pas l'affaire des opérateurs qui ne pouvaient éclairer convenablement.
Je faisais les scènes importantes le matin parce que nous avions des déjeuners très arrosés : c'est là que le vieux (Gabin) me disait en se levant de table : "Cet après-midi tu me prends de dos ! T'as-vu ma tronche ? Je suis rond comme une pelle à feu, papa, alors tu me prends de dos !"


Les meilleures répliques
L'église sonne, le livreur arrive au bar.
Le livreur : - Ben dites-donc, elle retarde votre patraque, là !
Un client : - Non, c'est l'père Guillaume qu'est en avance.
La serveuse : - L'père Guillaume, c'est notre sonneur. Il aime bien déjeuner à midi et diner à six heures. Alors, comme il habite à un quart d'heure de marche, il le prend en avance, son quart d'heure. Du moment qu'on l'sais, hein !
Le livreur : - Ben i f'rait beau qu'on voit ça par chez nous.
Jean-Marie : - Ben qui qu'c'est t'y qui vous empêche d'y rester par chez vous ? On vous d'mande t'y à quel heure elles sonnent vos cloches ? On s'en fout, nous. C'est t'y pas vrai, Blaise ?
Blaise : - C'qui s'manigance dans vos confins, non seulement on s'en fout, mais ça nous dégouterait plutôt.
Le livreur : - Qu'est-ce qui leur prend ? Qu'est-ce qu'ils ont ?
Jean-Marie : - Ils ont, ils ont qu'i sont chez eux. Pis qu'i n'ont plus l'âge de se laisser casser les sabots par des opinions étrangères et conifiantes. V'là c'qu'i z'ont.


Blaise, parlant de son fils : - I m'traite comme un vieux, et ça me fait malice. Et coucher tôt, et la tisane, et la flanelle... Boh... Et à table, le pinard, de l'eau dedans, comme si j'avais six mois. C'est pas d'ma faute si j'ai soixante-cinq ans. J'ai mis assez de temps pour les avoir.


Blaise : - Dis-donc, entre nous, c'était une belle femme, l'Adèle Talon.
Jean-Marie : - Oooh, l'était gracieuse, mais peau de pêche en dehors, peau d'hareng en d'dans, un caractère que ça a pas du s'arranger, va. On va bin trouver un moyen pour les faire fâcher.


Baptiste, en sortant du car : - Quand même. J'suis pas près de r'voyager dans c'te sacré cariole. Ça vient t'y les bagages ? Si j'avais pris le train, j'aurais au moins pu me dégourdir les jambes dans un couloir, et pis aller aux toilettes.
Le conducteur de car : - Vot' train, vot' train. Fallait l'prendre, vot' train.
Baptiste : - De mieux en mieux. Malpoli par dessus le marché. Y'a pas à dire, dans la vie, y faut toujours se fier aux apparences : quand un homme a un bec de canard, des ailes de canard et des pattes de canard, c'est un canard. Et c'qu'est vrai pour les canards l'est vrai aussi pour les p'tits merdeux.
Jean-Marie : - Bravo mon gars.
Blaise : - Bien dit, mon Baptiste.
Le conducteur de car : - Dites-donc, les gars, j'pourrais p'têt vous apprendre qui j'suis.
Jean-Marie : - Point la peine, l'Baptiste vient d'nous l'dire !


Blaise : - Note bien, y'a pas trop à rouspéter. L'âge de la retraite, tu l'as.
Baptiste : - C'est pas une question d'âge, c'est une question de capacité.
Blaise : - Beh justement. T'est t'y encore c'que t'étais ?
Baptiste : - Quatorze de tension, qu'on m'emmerde pas. Et des réflexes de conscrit. et un ciboulot comme neuf. Tiens, Jean-Marie, toi qu'est impartial, est-ce qu'on se prive d'un homme qui a parcouru pendant trente-cinq ans la ligne Pithiviers-Étampes-Pithiviers ? Pithiviers-Étampes-Pithiviers tous les jours. Vous savez t'y c'que ça fait ? Ça fait dix fois l'tour du monde.
Un client du bar : - Les voyages, on a beau dire. Y'a rien de tel pour voir du pays.
Un autre client du bar : - Beh j'pense bien. C'est pas les curiosités qui manquent.
Un autre client du bar : - Ah moi et ma femme, on en cause souvent. C'qu'ont aurait aimé connaitre, nous autres, c'est le temple d'Angkor. C'est rare, ça, le temple d'Angkor.
Jean-Marie : - J'pense bin qu'c'est rare, surtout entre Étampes et Pithiviers. J'voudrais point faire d'peine à personne, Étienne, mais plus con qu'toi c'est rare aussi.


Jean-Marie : - Les fêtes aux escargots, j'en n'ai raté qu'cinq dans ma vie : les années 14, 15, 16, 17, 18. Quand c'était qu'c'est qu'j'étais aux Dardanelles, et pis qu'aux Dardanelles y'avait point d'escargots. J'suis allé plus loin qu'Verdun et la Somme, moi. J'ai pas fait une guerre ed' feignant.
Baptiste : - Qui a fait une guerre ed' feignant ?
Blaise : - T'oserais insulter ceux qui ont péri sous les obus. Pendant qu'd'autres faisaient danser les moukères ? Fi’ d'garce !
Jean-Marie : - Cré vin dieu. Vous n'allez tout de même pas comparer vos bains de boue à mes turqueries...


Baptiste : - Depuis combien d'temps qu'il est veuf, eul' Blaise ?
Jean-Marie : - Eh beh, d'puis qu'la Marie s'est noyée.
Baptiste : - Elle s'est noyée ?
Jean-Marie : - Chez eux, dans la mare eud' la cour. Beh bien sûr. C'était en hiver, elle était en train de faire tremper un osier. Pis elle a glissé. floc, elle était dans l'eau. 'Fin, y'en a certains qui t'disent ça, et pis tu n'a d'autres qui t'disent que la Marie aurait été un p'tit peu poussée.
Baptiste : - Par qui donc ? Par qui donc ?
Jean-Marie : - Oooh, ben, vas-y donc savoir... En tout cas, j'peux ben t'dire que l'Blaise, il était pas trop heureux avec elle. Il a ptêt eu un r'flex ! Ben pis l'enseigne, tout costaud qu'il est, s'il lui prend l'idée d'aller tremper un osier, il aurait ptêt intérêt à pas trop s'pencher su' la mare. Ses tourmenteurs, eul' Blaise, c'est ptêt ben possible qu'il les ai pris dans l'ordre. Mais dis-donc, eh, tout c'que j'te dit là, c'est entre nous. Pas aller répéter, hein !
[Silence]
Jean-Marie : - Tu r'marqu'ras qu'j'ai confiance en toi. J'te dis ça au cas qu'toi, t'aurais des choses à me causer.
Baptiste : - J'vois pas... Non, j'vois pas...
Jean-Marie : - Tu vois pas ? Beh pourquoi c'est t'y qu'taleur, t'as pris le pétin quand l'Blaise et moi on t'a parlé de ta femme ?
Baptiste : - Vin Dieu d'fumelle. Si j'étais l'directeur du choléra, y'a longtemps qu'elle s'rait morte.
Jean-Marie : - Tiens, tu vois ? Te v'là r'partit ! Moi, à ta place, je m'soulagerais.
Baptiste : - Écoute, Jean-Marie. C'que j'va t'dire, c'est un s'cret, hein. Faut qu'tu m'jures qu'tu va pas l'répéter à personne.
Jean-Marie : - Ah beh bin sûr, qu'c'est juré. J'te l'jure... Tiens, j'te l'jure sur la tête à Poulossière.
Baptiste : - Ben à Pithiviers, y'avait un nom de Dieu d'putain d'p'tit trou du cul d'chef de gare...
[Scène suivante]
Blaise, en riant : - Ah ah ah, cocu par un chef de gare. Alors ça, mon poulot, ça c'est la meilleure. Faut r'connaitre que l'pauv' Baptiste, même dans ses vingt ans, il a jamais eu les succès qu'on a eu. Et qu'nous, on était des sacrés lapins.
Jean-Marie : - Oh ben, y sont un peu maximatosés, les lapins. Mais eh, Blaise, tous c'que j'viens d'te raconter, hein...
Blaise : - Ouai, oh...
Jean-Marie : - Ouai ben, jure le donc !
Blaise : - Tiens, sur la tête à Talon !


Jean-Marie : - Tiens, les fauves sont lâches !
Baptiste : - R'gardez-moi c't'engence...
Jean-Marie : - Et bin, mon cadet, y sont train de le herser ton pré. Y sont en train d'y passer les émousseuses, dans ton herbe.
Baptiste : - Ça, mes vieux gars, c'est ma mort... Et on les encourage, ces ravageurs !
Blaise : - Bin quoi, y faut bien qu'la jeunesse s'amuse...
Jean-Marie : - Bin voyons... Y sont bien mieux là qu'au bistrot. Y prennent l'air. Si j'te disais, mon Baptiste, qu'l'année dernière, rien qu'en comptant leu's avant-centres, leu's inters, pis l'gardien d'but qu'y z'appellent çà et bien y z'ont eut un tibia, une rotule ed' cassée, puis une fluxion d'poitrine... Tu n'vas pas m'dire qu'on avait ces rendements-là avec l'picon-citron.

Blaise : - Vin Dieu la belle église !
Jean-Marie : - Y'a un Jésus, mes cadets ! Y'a un Jésus !

L'arbitre : - Et bien, messieurs... Qu'est-ce qui s'passe ? Qu'est-ce qu'y a ? Vous avez caché le ballon ? J'vous préviens, messieurs, que j'suis arbitre fédéral.
Jean-Marie : - Vous êtes t'y anglais ?
L'arbitre : - Bein, non...
Jean-Marie : - Bon, bein, pour moi, un arbitre qui n'est pas anglais, c'est rien de moins qu'un tcho merdaillon en culotte courte qui joue avec un sifflet. Allez donc mettre un pantalon long, jeune homme.


Un joueur : - Bon, alors, les gars, si on n'trouve rien dans l'jardin, y'a qu'à aller fouiller dans le bric-à-brac.
Jean-Marie : - Le premier qui s'aventure dans l'entrepôt ou dans les coursives, je l'tire comme un lapin. J'ai un coup de 7 à droite, un coup de 5 à gauche. J'vais en faire un doublé d'connards.
Baptiste : - Mollis pas, Jean-Marie. T'as la loi pour toi.


Jean-Marie : - Hooooooooo, vous l'entendez dire çà, mes vieux gars ? Cré bon dieu de veau. Si on l'avait su qu'on nous causerait comme çà, on aurait fait exprès de la perdre...
Un client : - De perdre quoi ?
Jean-Marie : - La guerre d'14.


Jean-Marie : - Une mèche qui foire, on s'disait rien. Ben moi, j'réponds à ça : les mauvais ouvriers ont des mauvais outils. Parce que j’va vous dire une chose, jeunes gens ! Faut ben compter 20 ou 30 ans pour savoir se servir d’une chignole et encore, quand c’est qu’on est doué ! C’est pas un reproche, ça fait partie d’un ensemble ! Parce que si y’a pu de bons ouvriers, j’va vous dire à qui qu’c’est la faute, moi ! C’est la faute aux assurances sociales ! A c’t’heure, les gars, pour un rhume, y s’mettent en congé maladie ! Ou ben, pour un point de côté, ils font une cure qu’ils appellent ça ! Si la mèche eud'ma chignole à moi le Peujat, elle a pas cassé en 40 ans de métier, dites vous bien que c'est point par hasard.


Jean-Marie : - Et bin, j'dis que quand c'est qu'on est vieux, on sait quand c'est qu'on se baisse mais on sait pas quand c'est qu'on se relève.


Blaise, essayant tant bien que mal de remplir un formulaire : - C’est pas les yeux qui sont mauvais. C’est les bras qui sont trop courts.


Baptiste : - Je m'demande pourquoi qu't'as apporté des fleurs, vieux marteau ?
Blaise : - Parce qu'on passe devant le cimetière, et j'veux pas partir sans dire au revoir à la Marie.
Baptiste, à Jean-Marie : - Dis-donc, toi qu'avait dans l'idée de rire un peu sur la route, v'là qu'ça commence par l'cimetière.
Baptiste, à Blaise : - T'aurais p-têt mieux fait d'y porter des nénuphars, ça y aurait rappelé des souvenirs, à la Marie (en référence à la femme de Blaise, noyée dans l'étang).
Blaise : - Qu'est-ce tu viens d'oser d'dire là ? Hein ? Vilain Cocu !
Baptiste : - Sale ventre-à-choux. Comment qu'tu m'as appelé ?
Blaise : - J'ai dis qu'ton Adèle, y'a qu'le train qui y était pas passé dessus !
Baptiste : - Retire ça tout de suite, ou bien ton cimetière tu vas le visiter en client.
Jean-Marie : - Z'allez point vous battre, non ? Qu'la Marie soit allé un peu vite dans l'trou, c'est ptêt une affaire entre l'Blaise et l'Diable.
Blaise : - Quoi ?
Jean-Marie : - J'ai dit p'têtre. Mais ça nous empêche pas d'aller y porter des fleurs. Ben pis dans l'même temps, on ira dire au r'voir à nos vieux copains : l’Émile, l'Antoine et pis l'Thomas Lapoelle. Cré vin dieu, c'te cimetière-là, c'est nos vingt ans, quoi !


Blaise : - Alors, tu vois, la Marie, ça y est, j'pars à Gouyette. Si t'étais pas partie, j'y partirais pas. Mais, puisque t'es partie, j'y pars. J't'ai apporté des mimosas. je sais qu't'aimais pas beaucoup ça mais j'ai rien trouvé d'autre. J'pouvais tout de même pas t'apporter un chou-fleur. 
Baptiste : - Vise-moi l'hypocrite. I' s'fend la pipe devant sa pauv' femme, eul' bon Dieu d'nom de Dieu d'mécréant, va !
[Il crache]
Jean-Marie : - Oh ben, t'as point honte eud' cracher d'vant les morts, Baptiste ?
Baptiste : - Oh beh celui-là, c'est ce fumier de Léonard Cachot. J'ai fait les foins chez lui, y' n'donnait qu'du cidre. Et encore, du cidre coupé. Autant dire, d'la boisson...
Blaise : - J'y ai dit, à la Marie, que j'partais pour Gouyette. C'est pas tout ça, mais où qu'elle est la tombe à l’Émile ?
Jean-Marie : - Ben j'sais pas, mais l'Baptiste, il a craché su' l'pauvre Léonard.
Blaise : - T'as bien fait. Ça lui f'ra un souv'nir de son cidre, à c'voyou !
Baptiste : - Ah, tu vois !
[...]
Blaise : - Ah, c'était un homme, l’Émile Gâton.
Baptiste : - Il était d'ma classe.
Jean-Marie : - Oh, ben, l'était un rude cadet. C'est lui qu'avait arrangé la mère Gobillot sur une berrouette
Baptiste : - Sur une berrouette ?
Jean-Marie : - Oui mon gars, sur une berrouette ! Même qu'après leu' cabrioles, ils avaient cassé la roue. Bah, à c'temps-là, les gars, c'était des vaillants, hein !


[Voyant un jet de terre sortir d'un trou, dans le cimetière]
Blaise, en criant : - Aaah, aaah, les vieux gars...
Baptiste : - Beh qu'est-ce qui lui prend, à çui-là ?
Blaise : - L'bon Dieu nous a entendu, y'en a un qui s'lève !
Baptiste : - Où ?
Blaise : - Là !
[Jérôme Ardouin, le fossoyeur, sort alors du trou]
Le fossoyeur : - Ça va t'y pas bintôt finir ? Bande de vandales ! C'est pas un bistrot, ici. V'là plus d'une heure que j'vous entends gueuler comme des sarrasins !
Baptiste : - Eh, l'poulot, faut pas t'agiter, c'est l'Jérome Ardouin.
Jean-Marie : - Dis-donc, toi, quand c'est qu'on fait l'métier q'tu fais, on aurait intérêt intérêt à plutôt causer moins fort. Parce que quand on mis sous terre des Courtines et des Gâton, bah faut être un franc saligaud !
Le fossoyeur : - Quoi ?
Jean-Marie : - C'est t'y pas toi qui les a mis où qu'i's sont, nos conscrits ? C'est t'y pas toi, vautour ?

Les Vieux s'en vont, les jeunes prennent la relève !

[En rencontrant des touristes égarés, sur la route.]
Un automobiliste : - Dites-moi, mes braves, vous êtes du pays ?
Jean-Marie : - Ben, quoi qu'çà peut y foutre ?
Blaise : - C'est des touristes, y doivent faire la Vendée.
Baptiste : - Y n'ont qu'à la faire en chemin de fer. Avec le train tu prends un billet pour un endroit, t'arrives à c't'endroit et t'emmerde personne.
Un automobiliste : - J'voudrais aller à Tioune. C'est pour voir les curiosités du coin.
Jean-Marie : - Ben y'en n'a plus. Elles sont en marche, les curiosités.
La femme de l'automobiliste : -  Et pour bien voir le château, faut aller par là ou par là ?
Blaise : - Vous pouvez passer par là et par là. C'est tout droit.
Baptiste : - Tout droit, tout droit... C'est vite dit ! Tout droit, ça descend trop. Vous feriez mieux de passer par là.
Jean-Marie : - Il a raison. Comme ça, vous passez par eul' centre du bourg. Pis vous voirez la mare du crime.
Blaise : - Fait attention à ce que tu vas déconner, Jean-Marie !
Baptiste : - La mare où un nommé Poulossière a poussé sa pauv' femme par une nuit sans Lune.
Blaise : - Langue de vipère !
Jean-Marie : - Ah pis c'est tout frais. Ça r'monte à juin dernier !


Le conducteur de car : - Ah, c'est vous !
Baptiste : - Qui c'est qui vous a d'mandé d'vous arrêter ? A c't'heure, on traque le promeneur paisible ? C'est du racolage, ça.
Le conducteur de car : - Beh je m'suis arrêté parce que vous m'avez fait signe !
Baptiste : - Moi... ? J'aimerais mieux marcher de Charente jusqu'au Tibet que de d'mander à un foutriquet de routier de m'prendre dans sa carriole.
Le conducteur de car : - Et bien, méfiez-vous. Parce que si j'vous revois, moi, j'vous écrase. Et puis, j'n'ai pas d' temps à perdre: il faut que j'aille jusqu'à Aizenay.
Baptiste : - Si vous y allez aussi vite que j'vous emmerde, pour une fois, vous serez en avance sur l'horaire.



Jean-Marie : - Dites donc: vous n'avez point le droit de r'fuser d'servir. Moi, j'ai fait 10 kms sans boire. D'abord, c'est une question d'humanité.
Le patron du bistrot : - Foutez-moi le camp !
Jean-Marie : - Bon, bein… J'vous préviens: j'vais porter plainte à la croix-rouge.


Jean-Marie voit un gendarme avec sa chaine de vélo à la main.
Jean-Marie : - Beh quoi c'est t'y qu'y a ?
Le gendarme : - J'viens d'pêter ma chaine.
Jean-Marie : - Hoo, c'est point étonnant. C'est une Zodiak.
Le gendarme : - C'est pas une bonne marque ?
Jean-Marie : - Bin, c'est d'la pourriture. Bin, c'est comme vot'vélo. D'abord, y en qu'une de marque, c'est l'Hirondelle, le reste, c'est d'la merde en tube... Tiens, vot' clou-là, c'est d'l'aciérie. J'suis sûr qu'ça a été monté par des polonais. C'est pas pour médire des étrangers parce qu'en n'a qui s'y connaissent : les suisses, les italiens, y sont pas bons pour la guerre. Mais, pour l'vélo, y s'y connaissent. Les polonais, c'est d'bons soldats, mais, pour l'vélo : pffffffff...
Le gendarme : - Vous m'avez drôlement fort en histoire et en géo. Seulement, ce n'est pas avec la géographie que je m'en tirerais.
[...]
Le gendarme : - C'est quand même mieux d'être du métier.
Jean-Marie : - Ah ben ça, pour trouver un spécialiste comme moi en Vendée, faut au moins aller dans les Deux-Sèvres, si c'est point en Charente.


Jean-Marie : - On est perdus, on est perdus... on est égarés. Si seul'ment y faisait nuit.
Blaise : - Ah bin, ça s'rait complet.
Jean-Marie : - Hoooo, je me repérerais à l'étoile polaire.
Blaise : - Baptiste, fout z'y un coup de pied. Moi, j'ai plus la force.
Jean-Marie : - Puis, si l'étoile polaire elle suffit pas, j'me guiderai sur la mousse des arbres. Ça indique eul'nord.
Baptiste : - L'nord, on s'en fout. Gouyette, c'est à l'ouest.


Blaise, devant Gouyette : - Baptiste, rentre pas la-d'dans. C'est le Cayenne des vieux, Baptiste !


La Mère : - Voilà deux jours qu'on vous cherche partout !
Jean-Marie : - Beh on était égarés dans les bois. Ça peut bin arriver, non ?
La Mère : - Égarés ?
Jean-Marie : - Oui.
La Mère : - Dans les cafés des environs. Nous sommes au courant.
La Mère, à Blaise : - Qu'est-ce que c'est que ce bidon ?
Blaise : - Un souvenir de la Guerre de 14-18.
La Mère : - C'est de l'alcool ?
Blaise : - Oui.
La Mère : - Interdit.
La Mère vide le bidon du Blaise.
Blaise : - Oh, les vieux gars, de la gnôle qu'a quinze ans de fût !
Baptiste : - Mademoiselle.
La Mère : - "Ma Mère", si ça ne vous fait rien !
Baptiste : - Ma Mère ? Ben ma Mère, je tiens à vous signaler que nous sommes ici avec recommandation. Je suis un amis personnel de Gaspard Malvoisin.
La Mère : - Le pauvre Monsieur Malvoisin est mort.
Jean-Marie : - Oooh !
La Mère : - Il y a trois mois.
Jean-Marie : - Il est mort, Malvoisin ? Ben nous manquait plus qu'ça, les gars.
[...]
Jean-Marie : - Beh ça y est, on est piégés, mes vieux gars...


Blaise : - Beh qu'est-ce que c'est qu'c'te soupe ? C'est pas d'la soupe, c'est d'la flotte, dis, toi, hé !
Baptiste : - On peut p'têt plus casser des noix avec, mais on a 'cor des dents, vous savez. Beh j'croyais d'après mon ami Malvoisin qu'on avait droit au pinard.
La sœur : - Un litre par semaine.
Baptiste : - Abus de confiance, obscurentisme. Vive la laïcité.
Jean-Marie : - Ah beh à c't'heure, on sait d'quoi il est mort, eul' pauv' Malvoisin. Il est mort bin d'soif.
Baptiste : - Il est même mort en état de pêché mortel avec les menteries qu'il m'a faite.

samedi 10 septembre 2016

Les meilleurs répliques de "Archimède le clochard", écrites pas Michel Audiard.


     En 1958, Gilles Grangier réalise un film sur une idée de scénario proposée par Jean Moncorgé, autrement dit Jean Gabin. De cette idée de scénario naîtra un scénario entier de Albert Valentin, avec des dialogues signés par Michel Audiard. C'est ainsi que naîtra Archimède le clochard.

Résumé :
     Archimède est un clochard assez atypique. Hors de question pour lui de se saouler au gros rouge, il préfère largement le Muscadet. Il est instruit, et surtout très malin. Se refusant de dormir sous les ponts, il squatte un immeuble en construction. Jusqu'au jour où des ouvriers viennent installer le gaz. Marteaux-piqueurs et autres bulldozers auront raison de la patience d'Archimède qui, afin de passer l'hiver au chaud, fera le nécessaire pour aller en prison. Malheureusement pour lui, la sentence du tribunal ne lui permettra pas de dormir au chaud assez longtemps. Mais le vieil Archimède est malin et a plus d'un tour dans son sac.

Critique :
     Ce film avec, entre autre, un Jean Gabin au mieux de sa forme, un Darry Cowl si parfait en clochard poltron et maladroit et un Bernard Blier en nouveau taulier d'un bistro, est une perlé méconnue à (re)découvrir, ne serait-ce que pour les dialogues d'Audiard et le personnage d'Archimède, atypique et souvent hilarant.

Dialogues :
Arsène : - On m'enlèvera pas de la tête que le boulot, c'est une habitude. Tiens, la preuve, ils l'ont bien prise, eux.
Archimède : - C'est comme si tu disais que la vérole est une habitude sous prétexte qu'il y en a qui l'attrape.
Arsène : - J'te parle boulot, tu réponds maladie. C'est de bonne foi...
Eh, là. Vous pouvez pas aller faire vos p'tites conneries ailleurs, non ?
Archimède : - Permets-moi de te dire que si moi je suis de mauvaise foi, quand toi tu viens défendre le boulot, t’envoies un peu loin le paradoxe.
Arsène : - J'préfère pas te répondre. Tu me fatigue.
Archimède : - C'est le mot paradoxe qui t'emmerde, parce que tu sais pas ce que ça veux dire. La v'là, la vérité.
[...]
Arsène (montrant l'usine) : - Eux, au moins, sont à l’abri, là-bas.
Archimède : - Beh qu'est-ce que t'attends pour faire comme eux, pour t'abriter ? T'as qu'à acheter les quotidiens du soir, c'est plein de demandes. Offre d'emploi qu'ils appellent ça, leur piège à bagnard. Une bonne lecture.

Archimède (aux ouvriers qui construisent l'immeuble dans lequel il squatte) : - Eh, là. Vous pouvez pas aller faire vos p'tites conneries ailleurs, non ?
[...]
Archimède : - Vous n'allez tout de même pas recommencer avec vos tremblements de terre !
Un ouvrier : - J'vous emmerde. On pose le gaz.
Archimède : - Le gaz... Y'a six mois, c'était l'eau, demain ça s'ra l'téléphone ! Vous ne pouvez pas grouper tout ça une seule fois pour toute, non ?

Arsène : - Pour quelqu'un qui sort du lit, tu m'a l'air bien énervé.
Archimède : - Y'a de quoi, j'ai des ouvriers chez moi. Je viens de discuter avec les architectes, on m'installe le gaz.
Arsène : - Le gaz ? Sans blague. Le vrai gaz ?
Archimède : - Le vrai gaz !
Le barman : - Et vous vous plaignez...
Archimède : - Oh vous, ça va comme ça. Les marteaux-piqueurs aujourd'hui, ça veut dire les bulldozers demain. Et ça pendant huit heures. Parce qu'ils font la journée de huit heures, je les connais moi, ces cons-là. J'les ai déjà eu l'année dernière quand ils m'ont installé l'eau. T'aurais cru la fin du monde, j'ai été obligé de foutre le camp pendant trois mois.


Archimède : - A partir de novembre, je ne connais que deux solutions convenables : la prison ou la Cote d'Azur. Ça, c'est mon truc.
Arsène : - T'y est déjà allé ?
Archimède : - Oui Monsieur, mais je ne supporte pas la nourriture.
Arsène : - C'est pas de la prison que je te parle, c'est de la Cote d'Azur.
Archimède : - Moi aussi, c'est de la Côte d'Azur. Je ne digère pas l'huile d'olive.
[...]
Archimède : - La liberté, c'est de faire ce qu'on veut. Y compris d'aller en taule quand on en a envie.

Le barman : - Écoutez-moi Archimède. J'vous paye un Muscadet, là. Sur mon compte.
Archimède : - Il est infecte, votre Muscadet.
Le barman : - Beh alors, un coup de rouge.
Archimède : - Assassin. Non mais vous l'entendez ? Il voulait m'buter au gros rouge.

Archimède : - Et voilà, on revient du labeur. On revient avec sa petite gamelle, on a fait réchauffer ses petites pommes au lard. Et maintenant, on va retrouver Bobonne, les mots croisés et la radio. BANDE DE FEIGNANTS. 

Le chef de station : - Dites-donc, vous, là. Oui, vous. C'est vous qui faites tout ce chambard ?
Arsène : - Oh, ben alors ça, Monsieur le chef de station, vous tombez bien, vous. On parlait justement de vous. On disait que votre station était bien tenue. C'est celle qu'on préfère. Hein ?
[Archimède fait éclater une bouteille de vin par terre.]
Le chef de station : - Oh, dites-donc, je vais vous faire emballer, moi, si vous faites des saloperies ici.
Arsène (s'adressant à Archimède) : - J't'avais dit qu'c'était un con.
Le chef de station : - Vous pouvez pas répondre au lieu de marmonner, là ? Qu'est ce que vous racontez, tous les deux ?
Archimède : - On dit qu'vous êtes un con. C'est t'y vrai ?

Archimède : - Monsieur Félix, vous allez foutre le camp. Je ne peux pas supporter votre tronche.
Félix : - Il ne faut pas se fier au physique des gens.
Archimède : Avec vous, si. Vous avez la gueule de travers et la mentalité biscornue. Vous êtes synchrone. Allez, hop, du vent. Et si à trois vous n'avez pas pris la porte, moi je vous fais prendre la fenêtre.

Félix : - J'ai le tibia en miettes.
Archimède : - Mais il est superbe, ton tibia.
Félix : - Le fumier.
Archimède : - C'est le péroné que tu dois avoir de pété. On va te mettre une attelle. Et après, faudra te plâtrer. T'en as pour deux mois. J'te dis qu'c'est rien.
Félix : - T'appelles ça rien, toi. Mais les jambes, dans mon métier, c'est ce qui me sert le plus. J'aimerais mieux avoir une fracture du crâne.
Archimède : - Tu vas en avoir une si tu continues à m'emmerder.


Archimède : - Eh ben moi, ce qui me les casse, c’est les faux affranchis, les pétroleurs syndiqués, les anars inscrits à la sécurité sociale. Ça refait la Chine, ça prend la Bastille, et ça se prostitue dans des boulots d’esclaves. Ah, ils sont beaux les réformateurs du monde... Le statisticien qui baguenaude un placard d’usurier, le chinetoque qui propage les danses tropicales, et le mange-merde qui prône la gastronomie. Ah, il est mimi le triumvirat ! Un beau sujet de pendule ! Allez, viens ma belle, qu’on foute le camp, qu’on voit plus ces affreux.

Archimède : - Vous avez pas de petits gâteaux, Madame, par hasard ?
Lucette : - Ah beh si c'est pour grignoter, je peux vous céder un paquet de petits beurres. Vous aimez ça ?
Archimède : - C'est pas pour moi, c'est pour mes chiens.
Lucette : - Oh beh alors, des vieilles croutes, ça suffit.
Archimède : - Pour les autres, sûrement. Mais pas pour les miens. Ils aboient en anglais.

Archimède : - Il est tiède.
Le nouveau patron : - Vous voulez de la glace ?
Archimède : - Tout corps plongé dans un liquide subit une poussée de bas en haut égale au volume du liquide déplacé. Pas de glace.
L'assureur : - Je conseillais à votre mari de prendre une police en votre faveur.
Le nouveau patron : - Un accident est vite arrivé, ma bichette.
Archimède : - Il peut même arriver du jour au lendemain. Avec votre cirrhose.
Le nouveau patron : - Ma cirrhose ?
Archimède : - Y'a qu'à vous regarder. Venez voir un peu ici dans la lumière. Venez voir. Mon pauvre ami, vous devez avoir le foie comme une champignonnière. J'suis sûr qu'avec un stéthoscope, on les entendrait pousser, vos granules.
Le nouveau patron : - J'vous préviens, j'aime pas ce genre d'astuce.
Archimède : - C'que j'en dis, c'est pour l'avenir de Bichette.
Le nouveau patron : - Ces astuces là aussi, je les aime pas. La mort, c'est sérieux. C'est pas un sujet de plaisanterie.
Archimède : - La mobilisation n'est pas la guerre, mon cher. Et j'trouve qu'on va arroser la dote de Madame.
Le nouveau patron : - Oui, et pas avec du casse-patte.
Archimède : - Ah non !
Le nouveau patron : - Avec du spécial.
Archimède : - Mais oui !
Le nouveau patron : - De la réserve au père Grégoire. J'pensais bien qu'il y aurait une occasion. La voilà.
[Le nouveau patron va à la réserve, vide à moitié une bouteille de vin, puis verse dedans du nettoyant pour cuivre (Miror).]
Le nouveau patron : - J'vais t'en foutre... d'la cirrhose... J'vais t'faire écouter pousser les granules, moi, tiens. Pour du spécial, ça va être du spécial. Ah le pourri. Si j'ai l'foie en fleur, j'sais pas en quoi il va être, le sien. Chromé, qu'il va être. Tout métal. Tiens, bec en zinc. Si t'en crève pas, mort aux cocus.
[Il revient dans la salle.]
Le nouveau patron : - Vous allez m'en dire des nouvelles.
Archimède : - Qu'est-ce que c'est ?
Le nouveau patron : - Du Tapanel supérieur, de la réserve. Gouttez-moi ça.
[Archimède bois un verre cul sec.]
Archimède : - Il manque un peu de moelleux. Ça doit être un coupage. Mais il est tonique, hein. On l'sent descendre.
[Le patron lui ressert un verre.]
Archimède : - On l'sent même vachement descendre. Vous permettez ?
[Archimède lui prend la bouteille.]
Archimède : - Il est taquin, on s'y ferait vite, hein ?
L'assureur : - Au revoir, Monsieur Pichon.
Archimède : - Tiens, Monsieur l'assureur, un p'tit verre avec nous ?
L'assureur : - Peut-être, mais alors sur le pouce.
Le nouveau patron : - MAIS PAS CUI-LA, PAS CUI-LA !
Archimède : - Comment, pas çui-là ? Quand y'en aura plus, on en fera remonter, quoi ! Allez, à la bonne nôtre, et rentrons-ça avant qu'y n'pleuve.
[L'assureur tombe aussitôt dans les pommes.]
Archimède : - Hey, est t'y bien assuré, lui au moins ?

Archimède (au caniche) : - Eh ben su tu veux qu'on s'entende, gars, il faudra changer tes manières. Chez moi, faut de la tenue. Plus question ni de faire le beau, ni de danser, mais de marcher à quatre pattes comme tout le monde. Si tu veux un sucre, tu le voles, si t'a envie de caresses, tu gueules, et si on t'emmerde, tu mords.

[Archimède est en train de nourir une petite chienne. Trois hommes-sandwichs s'assoient sur le band d'à côté.]
Le premier : - Donner du jambon à un clebs. Ah, on aura tout vu...
Le deuxième : - Quand on pense qu'y a des gens qui mangent pas leur compte.
Le troisième : - Tu l'as dit. Tiens, sans aller loin, aux Indes, parait d'après le journal qu'il y a soixante-dix millions de sous-alimentés, aux Indes. Si y voyaient ça...
Le deuxième : - Et en Chine ? Tu crois qu'ils tolèreraient ça, en Chine ? Un bol de riz par jour. C'est tout ce qu'on leur donne. Moi, j'veux bien que l'riz c'est nourrissant. M'enfin, c'est jamais que du riz. C'est pas du jambon. C'est vraiment se foutre des chinois, c'travail-là.
Archimède, parlant au chien : - Tu veux un p'tit bout de biscuit, ma belle ?
Le deuxième : - Un biscuit. Non, mais t'entends ça ?
Archimède, parlant au chien : - T'as plus faim ? Eh ben.
[Archimède se débouche une bouteille de Muscadet.]
Le troisième : - Et monsieur boit du vin bouché. Là, j'vous jure, ça dépasse tout. Le clochard, v'la qu'ça donne dans ce qu'il y a de luxe et dans l'appellation contrôlée.
Le premier : - Moi, ce genre-là, ça me les casses.
Archimède : - Eh ben moi, ce qui me les casse, c’est les faux affranchis, les pétroleurs syndiqués, les anars inscrits à la sécurité sociale. Ça refait la Chine, ça prend la Bastille, et ça se prostitue dans des boulots d’esclaves. Ah, ils sont beaux les réformateurs du monde... Le statisticien qui baguenaude un placard d’usurier, le chinetoque qui propage les danses tropicales, et le mange-merde qui prône la gastronomie. Ah, il est mimi le triumvirat ! Un beau sujet de pendule ! Allez, viens ma belle, qu’on foute le camp, qu’on voit plus ces affreux.

Le nouveau patron : - LUCETTE, MES GOUTTES ! N'oublie pas c'qu'a dit le médecin. Cinq. La posologie, ça s'appelle. Et de la posologie au veuvage, c'est une question de gouttes.